
-- Histoire de l'espèce --
Depuis l'Antiquité les peuples ont souvent, dans leurs croyances et leur culture, considéré l'existence d'espèces hybrides mi-humaines mi-animales comme une réalité. Créatures divines,
surnaturelles, génies, suppôts du diable, les espèces hybrides ont été cuisinées à toutes les sauces et ont fasciné bon nombre d'intellectuels, de scientifiques et d'érudits en tous genres à
travers le monde et le temps.
Mais au fil de ce dernier, cette part de folklore est tombée en désuétude, et n'est à ce jour à peine plus crédible que la relation sexuelle que Valéry Giscard d'Estaing aurait entretenu avec Lady
Diana. Cependant, des vestiges de cette culture résonnent encore dans le coeur et le corps de certains êtres humains dans le monde entier. Cet héritage si profond, si viscéral, qu'il est bien
souvent impossible d'en contrôler sa manifestation. Cet héritage tant méprisé de l'homo sapiens sapiens névrosé d'aujourd'hui : la zoophilie.
Ce n'est qu'au cours du XIXème siècle que les plus impopulaires scientifiques attachèrent une attention particulière à ces comportements instinctifs primaires. Et ils s'aperçurent bien rapidement
que, dans l'ombre de l'industrialisation massive de la planète, vivaient en secret ces espèces considérées comme des légendes depuis des siècles. Les hybrides. Ces individus nés d'une union
interraciale, humaine et non-humaine ; mais aussi, et cela impressionna ces scientifiques, des hybrides entre espèces non-humaines.
Mais il n'en subsistait que si peu. Les diverses lois condamnant de fait cette pratique sexuelle nécessaire à leur création ont amené les espèces à périr, les unes après les autres. L'élevage des
animaux dans des structures cloisonnées et séparées les unes des autres n'ont guère amélioré la donne. Ainsi moururent dans la plus grande obscurité les Taurus Leo, les Homo Aquila et tant d'autres
hybrides !
Il faut tout de même signaler que les conditions de vie de l'époque n'étaient en rien comparables avec celles d'aujourd'hui, c'est d'ailleurs la contemporanéité de notre monde qui va nous
intéresser.
La zoophilie et tout ce qui se rattache à une pratique sexuelle dite "incongrue" est toujours aussi mal perçue, bien que l'avènement d'Internet ait fait prendre conscience aux masses que ce
phénomène suscite de plus en plus de réactions humoristiques chez l'Homme (trouver des vidéos zoophiles est devenu aussi simple que de dire "lol" en rotant). Mais l'intérêt scientifique n'est pas
là, celui-ci est déjà tourné vers d'autres phénomènes (SIDA, Robotique et liposuccion).
Mais arrivèrent les années 60 et la Révolution sexuelle. La nature était très "culturellement tendance", et les hommes, à leur façon, lui faisaient honneur. On cassa bon nombre d'orifices sexuels
chez les les ânes, les chevaux, les vaches, mais aussi... les lapins.
L'espèce Lepori Homo, autrement dit Lapin Humain, naquit de cette orgie yé-yé. Mais ces êtres étaient d'une beauté repoussante, nauséabonde, et furent très vite chassés des terrains de jeux favoris
de ses frères humains de pure race. On n'en entendit guère parler à l'époque car, l'alcool pleuvant en abondance, on jugea les témoignages ridicules, dépourvus de crédibilité.
Néanmoins, des Lepori Homo survécurent à cette battue mondiale d'ivrognes toxicomanes contre leur espèce. Ils se retirèrent à travers la planète dans des régions isolées comme l'Utah, l'Hokkaïdo,
les montagnes finlandaises, mais aussi l'Ardèche, la Picardie, la Corrèze, et aussi, dit-on, au Lieschtentein. Ceux qui choisirent l'Afrique n'eurent même pas le temps de le regretter...
Les Lepori Homo ont su se reproduire avec d'autres léporidés de pure race, et la génétique fit son travail : l'instinct laissait de plus en plus de place à la pensée, le corps se métamorphosait en
une silhouette élancée et robuste... en une poignée de générations (n'oublions pas les capacités de reproduction massives des léporidés) naquit les Lepori Sapiens, ou Lapins Intelligents.
La première génération de Lepori Sapiens viva totalement coupée du reste du monde. De part leur héritage, ces individus possédaient une capacité de réflexion et de raisonnement hypothéticodéductive
87 fois supérieure à celle de l'Homme contemporain, et ont donc développé leurs propres croyances, connaissances et technologies remarquables en l'espace d'une quinzaine d'années.
Quand la deuxième génération de Lepori Sapiens arriva au monde et fut reconnue comme telle (début 80), celle-ci porta davantage d'attention sur le monde extérieur ; l'envie d'exploration, de
rencontres avec leur ancêtre indirect... mais très vite ces rêves s'effacèrent quand les Lepori Sapiens acquirent la télévision humaine. Les êtres humains représentaient ce qu'il y avait de plus
vil et de plus tortueux dans leur code génétique. Par conséquent, pour justifier leurs faiblesses physiques et psychiques, les aînés les diabolisèrent, et interdirent formellement le contact avec
le moindre être humain.
"Sous terre nos yeux ne voient point mais nos oreilles entendent bien", dit un sage Lepori Sapiens en parlant des dangers du monde extérieur, du monde des Hommes.
Le code fut appliqué de génération en génération, mais les Lepori Sapiens perdirent leur esprit créatif et leur cerveau de chercheur, et au fur et à mesure l'espèce s'appropria de plus en plus de
technologie humaine, au point d'en finir dépendante.
1987. La famille BUGS eut une petite lepori sapiens, Riku. Tout allait bien dans le meilleur des terriers jusqu'à ce qu'elle apprenne à parler, lire et écrire. "Pourquoi". Riku était née avec une
curiosité envahissante, qui ne se rassasiait jamais. "Pourquoi on n'est pas comme les lapins ? Pourquoi on ne parle jamais de nous à la télé ? Pourquoi Corbier a une si grosse barbe ? Pourquoi on
n'a pas de multinationale ? Pourquoi les radiateurs sont-ils éléctriques ou au fioul ? Pourquoi les mobylettes font du bruit ? Pourquoi les enfants dansent sur les musiques de cul de Carlos ?
Pourquoi Michael Jackson blanchit et perd son nez ? Pourquoi..."
C'était sans fin. Sa mère, Echalotte BUGS, incapable de répondre à toutes ces interrogations, et frustrée de ne pouvoir satisfaire les besoins de sa fille unique, décida de bouleverser à
jamais son existence et celle de sa fille. Elle fit de Riku et d'elle-même des humaines. Du moins en apparence : limage des incisives, redressement des pattes, section des oreilles et chirurgie
plastique pour s'intégrer au monde extérieur, ce monde qui lui fournirai toutes ces réponses. L'éducation fut très rude et douloureuse pour la petite BUGS, encore trop jeune pour raisonner par
elle-même. Echalotte souffrit beaucoup également de tous ces changements, mais sa dévotion ne faillit jamais. Les Lepori Sapiens de la Forêt des Trois Mottes, forêt natale de Riku et de sa mère,
méprisèrent son geste de prime abord, mais gardèrent le contact. C'était une chance unique de savoir si les Lepori Sapiens étaient peut être faits pour vivre dans le monde extérieur.
La suite est une autre histoire...