Samedi 14 novembre 2009 6 14 /11 /2009 14:08
C'est une journée que j'avais oubliée, Halloween, le 31 octobre. Mais cette année, les enfants ne l'oublieront pas. Malgré la pléthore de panneaux et affiches menaçants jonchant le chemin menant à mon terrier, un groupe de six ou sept enfants déguisés, accompagnées d'une jeune adulte, pénètrent mon territoire. J'étais paisiblement en train de jouer à la NES, quand tout à coup mes oreilles perçoivent les stridents cris des petits homo sapiens surexcités qui souillent la terre de leurs cracheurs de glaire serpentiforme et de leurs souliers crottés qu'ils n'ont guère pris la peine d'essuyer en amont.
Mon museau s'agite, signe de nervosité. C'est un réflexe instinctif qui se déclenche quand je sens la présence d'un intrus. Il fallait agir vite.
BLAM BLAM BLAM ! On cherche à défoncer la porte. En toute hâte je nettoie et aiguise ma belle et fière paire d'incisives supérieures et brosse le poil de mes oreilles. C'est que j'ai du savoir-vivre quand il s'agit de recevoir, même si c'est pour envoyer chier l'âme-en-peine venue quémander quelque écu contre une collection minable d'encyclopédies sur la vie sexuelle du homard guadeloupéen.
Mais les intrus se montrent incroyablement agressifs en l'espace de quelques secondes. Cette fois c'est six paires de mains décidés qui cognent contre l'entrée du terrier.

"SORS DE LA ! HAHAHA !"
Tout de suite, mon amicalomètre tombe à zéro. Déjà, me déranger en pleine partie se paie très cher, mais quand des ersatz de chiures déguisés en des choses à peine plus laides qu'elles ne le sont déjà provoquent des dommages sur mon territoire, Tata Riku perd ses restes d'humanité.
Je m'empresse de dévérouiller les protections de la porte d'entrée, et juste avant d'ouvrir la porte, l'un des babouins sort sur un air théâtral : "Si tu nous donnes pas de bonbons, on maudira ta maison ! Hahahahaha !"

La perche était offerte, j'ouvre la porte, les regardent de la même façon que sur l'image dans cet article, et enchaîne sur le même air tragique agrémenté d'un ton pervers :
" Si vous foutez pas le camp tout de suite, Tata Riku, elle va sortir sa grosse carotte pour vous la mettre là où je pense !!!"

Ma fourrure était toute hérissée, il suffisait d'une seule et infime petite réponse adverse, quelle qu'elle soit, pour que je me décide de leur arracher la tête. Mais ce fut le silence.

" Alors, continuai-je, vous ne la voulez pas ?! "

Les microbes étaient complètement foudroyés par mon intimidation, comme si je leur avais balancé un sort de Mégalith.

" Bon eh bien bonne soirée ! KUKUKUKU ! "

Et je referme la porte. Je tends l'oreille et n'entend rien. Puis, au bout de quelques secondes, j'entends la chef de tribu leur dire de s'en aller calmement, sans faire de bazar.

Je les avais grave tous niqués.

Toutefois, je n'étais pas fière, j'avais même éprouvée de la peur quant au discours que j'avais tenu. Je me suis rappelée après coup que mon terrier se trouvait malgré tout en société homo sapienne, et par conséquent, que les allusions sexuelles que j'avais émises auraient pu justifier un entretien fort peu cordial avec les forces de l'ordre.

Mais il n'en fut rien. Les enfants ne revinrent jamais, mes voisins ne changèrent pas, et je trouvai même un bonbon le lendemain devant mon terrier.

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